1 Oct 2010

Quand j'étais petit...

Note: sorry for the exceptional French, this won't happen again I swear ! 

Préambule: Guilhem Bertholet a proposé il y a une semaine de faire un post croisé sur le thème : "mon tout premier business" sur le mode d'un exec-summary. Non conformiste sur les bords (et un peu au milieu), je ne me suis finalement pas *vraiment* plié à l'exercice mais je vous raconte ici mon premier business, une première approche du roller coaster de la startup !

Quand j'étais petit, donc, je n'étais pas très grand. Et ça n'a pas beaucoup changé (comme le savent ceux qui me connaissent - pour les autres, je fais 1m80 au garrot). Ce qui n'a pas vraiment changé non plus, c'est que j'ai toujours voulu "entreprendre". Bon, soyons honnêtes (un tant soit peu au moins). Quand on a 10 piges, "entreprendre" ne veut pas dire grand chose, et ça se résume peu ou prou à augmenter un peu son argent de poche. 

J'ai soufflé pour ma part mes 10 bougies en 1989. 1989, c'est l'année de Batman, le playboy milliardaire super-héros. Et contrairement à la plupart de mes camarades de classe de CM2, c'est plus l'aspect milliardaire que super-héros qui me faisait rêver (ne parlons même pas du playboy). Comment devenir milliardaire à 10 ans ? C'est la question Michael et moi nous posons à 10h10 le 14 Octobre 1989, dans la cours de récré. Je regarde autour de moi, et voila à peu près ce que je vois: des centaines de pré-ados obsédés par une seule chose. Nos copines de classe ne pensaient qu'à leur look. Nos copains ne pensaient qu'au sexe. 

Or, il y avait dans notre magnifique ville natale de Strasbourg un magasin un peu obscur de farces et attrapes que j'affectionnait particulièrement. Il s'y vendait un produit miracle : des lunettes pour voir les gens .... à poils. "Hmmm" me dis-je (dans la cour de récré entouré de fashion victims et d'obsédés sexuels). Le plan parfait naît dans nos esprits machiavéliques d’adolescents pré-pubères : "j'ai trouvé aux Etats-Unis des lunettes qui permettent de voir sous les robes des filles, il faut faire une grosse commande pour être livré, c'est une techno testée par la NASA".

Mais je n'y arriverai pas seul. Il me faut un cofondateur (ou plus exactement partner in crime). Je motive donc Michael, mon meilleur ami, pour monter avec moi un plan qui permettra de vendre un maximum de ces lunettes à mes camarades candides, et leur soutirer les quelques dizaines de francs par semaine qui leur servent normalement à manger à midi. Il se chargera d'aller acheter au magasin les lunettes en question, et d'essayer de négocier un prix de gros (la tâche s'avérait difficile, il était très maigre à l'époque). Je me chargerai pour ma part de vendre les lunettes. 

Après quelques essais infructueux face à des camarades incrédules, nous nous rendons à l'évidence : personne n'y croit. Après moult réflexion, nous réalisons qu'il faut ce dont j'apprendrai le nom plus tard : un témoignage de validation produit. Nous recrutons donc Lucas, en lui promettant 1 franc par vente réalisée. Son rôle sera de confirmer que les lunettes marchent : il les a essayées ! Nous ne vendons jamais ensemble. Il témoigne, à qui veut l'entendre, qu'il a acheté lors de son voyage d'été au Etats-Unis les fameuses lunettes.

Quelques jours passent, puis .... "Euh, dis moi Laurent, c'est vrai finalement cette histoire de lunettes ? Tu peux toujours en avoir ?". Boom !! Première vente.
La deuxième tarde à venir, puis arrive. Mais doucement, doucement, douce... Comment accélérer les pré-ventes ? Mon "associé" et moi nous creusons la tête, puis trouvons une méthode tout bête : notre commande ne peut être au maximum que de 30 paires (de lunettes). Troisième vente, puis quatrième, puis ... Nous voila riches ! Presque de quoi nous offrir une NES !!

Michael et moi, avec l'aide intéressée de Lucas, avions découvert sans le savoir pas mal de techniques ou aspects de l'entrepreneuriat qui nous servent encore aujourd'hui : la technique de la rareté, de l'affiliation, du group-buying, ... Mais peut-être, et surtout, la facilité de vendre quoi que ce soit lié au sexe :)

Épilogue : 10h10, pendant la récré, mi-Novembre 1989. Le haut-parleur de l'école nous invite, Michael et moi, à aller voir le proviseur. "Messieurs, il parait que vous essayez de vendre des lunettes qui .... euh ... comment dire, des lunettes pour .... "  - il y avait eu fuite !! Quelques parents alertés l'avait prévenu, et, la liste de pré-vente entre les mains, il nous a sermonné sur la bienséance.
Adieu la NES ...